Négociations avortées sur les terrains ou premières conséquences de la crise ? Le plus grand projet immobilier lancé depuis les années soixante-dix à Montataire enregistre de très sérieuses difficultés. Le quartier des Tertres, sur les hauteurs de la commune, près de la cité des Martinets, devait voir le jour à partir de 2009 sur une dizaine d’hectares.
Au total 275 logements neufs construits par des promoteurs privés et publics, y sont attendus. Ils devraient permettre à un nouveau quartier, accueillant près de huit cent habitants, de sortir de terre.
Le projet, pourtant sur de bons rails, vient de connaître son premier accroc sérieux. Et non des moindres. Un des deux promoteurs privés en charge de la réalisation d’une partie du projet, la Sogeprom, filiale immobilière de la Société générale, rend l’éponge. Exit donc les 120 logements qui étaient dévolus. Si le projet global n’est pas remis en cause, la ville va devoir chercher au plus vite un autre partenaire. En contrepartie, la réalisation des 155 logements par le second promoteur privé, Constructa, pourrait être avancée de plusieurs mois.
Négociations financières infructueuses
Le renoncement de la Sogeprom s’expliquerait notamment par l’échec de négociations financières avec les consorts Roussillon, propriétaires des champs actuellement cultivés derrière le lycée André-Malraux, le long de la Jacquerie. « Nous avons effectivement été avisés que la Sogeprom ne souhaitait plus être l’opérateur de ce programme aux Tertres, explique Claude Couallier, l’adjoint au maire chargé de l’urbanisme. Un autre promoteur a déjà été sollicité pour le remplacer. Nous sommes très attachés à ce projet, car il est capital pour le développement de la commune. Dans les années soixante-dix, Montataire comptait 13 600 logements mais après la fermeture de Chausson, nous sommes repassés à 12 173 lors du dernier recensement. Ces programmes immobiliers ont pour but de répondre à la demande grandissante en logements sociaux, tout en privilégiant la mixité sociale puisque l’accession à la propriété y sera possible. »
En réalité, la Sogeprim aurait, dans un premier temps, voulu revoir ses engagements à la baisse en révisant son programme. Elle aurait alors pris contact avec les bailleurs sociaux, pour modifier les conditions de mixité. Le promoteur n’était plus en capacité de réaliser autant de logements en accession à la propriété : « Tout allait bien jusqu’à l’été .Mais la crise financière, les choses se sont encore sérieusement compliquées… » commente Claude Couallier.
Deux agences sur trois ont baissé leur rideau
Autre signe des temps, il ne reste plus qu’une agence immobilière en activité à Montataire. Les deux autres situées rue Condé et rue de la République ont été dans l’obligation de fermer leurs portes récemment faute de transactions. Il ne reste plus que Localimmo, rue Condé : « la situation est très délicate, mais je vais tenter de tenir, explique Slimane Miloudi, son responsable. Les agences immobilières sont rattrapées par la crise. Ce qui se passe à Montataire va également se produite à Creil et dans tout le département. »
Agent depuis vingt et un ans, Slimane Miloudi, évoquait déjà ce retournement de situation il y a deux ans : « lorsque j’ai débuté, il n’y avait que cinq agences pour tout le bassin creillois. Aujourd’hui, on en compte une trentaine, mais attention au retour de bâton. Beaucoup ne survivront pas. » Slimane Miloudi s’attend à une année 2009 terrible : « cela va être catastrophique. On a aujourd’hui retrouvé les mêmes taux d’intérêt qu’en 2002, mais les prix des biens sont 50 % plus élevés. La dégringolade ne fait que commencer, il n’y a plus de clients. Dans leur tête, ils se disent on va attendre que les prix baissent. Moi, je vais tenter de survivre en misant sur Internet. »
Le Parisien – (Victor Fortunato) – Jeudi 23 octobre 2008.
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